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 Martine, cette fille qui grandit sans sa mère partie trop tôt, renversée par une voiture à la sortie du cinéma où elle était allée voir "un homme et une femme" de Claude Lelouch. Ce manque, cette absence, tout le temps, tous les jours, partout car à 13 ans une fille aime les conseils de sa mère pour l'habillement, le maquillage, et discuter avec elle du premier amour. C'est comme si elle était amputée d'un membre, comme son père qui a perdu sa jambe en Algérie et qui a bien du mal à la prendre sur ses genoux. Une autre forme d'amputation.

Martine grandit, son corps se transforme, s'épanouit, les formes féminines font leur apparition.  Sa vie se stabilise, elle devient mère, les années passent et soudain, c'est comme si le temps s'était arrêté. Sur les photos prises tous les ans à la même date par son compagnon , elle s'aperçoit qu'elle ne vieillit plus, ses traits ne changent plus et à trente ans elle ne vieillira plus alors que les autres autour d'elles sont marqués par le temps et les années qui passent. 

"Vieillir est douloureux et féroce. C'est laisser s'enfuir sans que l'on puisse rien y faire, la suavité de la peau, son grain laiteux, c'est la voir se tâcher, se détendre et pendre ; c'est laisser s'envoler les regards d'avant qui venaient se poser sur nous au hasard d'une promenade, ces regards gourmands, affamés souvent, qui nous font nous sentir belles, et savoureuses, et dont l'insistance, la vulgarité parfois, sont des louanges".

"Vieillir c'est voir se réduire notre place sur la Terre, se rabougrir nos ombres. C'est finir par ne plus être vu. Alors me voilà. Me voilà jeune à l'âge où la jeunesse s'en va". p119-120

Mon avis : 

Je suis toujours impatiente de retrouver la plume de Grégoire Delacourt, un auteur qui pour moi parle admirablement des femmes dans chacun de ses romans.

Ce livre est un conte, accès sur le temps qui passe, sans penser à la mort mais surtout à la solitude. Avancer en âge et finir sa vie seul, un sujet souvent abordé chez les femmes. Ces femmes qui retardent les marques du temps par des crèmes anti-rides et des sérums anti-âge, pour retarder les effets du temps, pour toujours plaire à ceux qui partagent leurs vies, car quand les femmes sont quittées par leur conjoint c'est souvent pour une femme bien plus jeune, beaucoup plus jeune.,

Quand on évoque cette possibilité de ne plus vieillir, d'avoir toujours une belle peau, une apparence jeune, on se dit cela doit être super, et ce serait vraiment bien de vivre c'est expérience car la société actuelle ne nous fait aucun cadeau. On devient très vite obsolète dès 45 ans sur le marché du travail, et pour nos enfants, on devient vieux et dépassé dès que nous n'avons plus les mêmes aspirations et les mêmes loisirs.

Grégoire Delacourt nous fait réfléchir au travers de cette histoire. Cette femme qui ne vieillissait pas a t-elle de la chance ? est-elle plus heureuse ? Par des petites phrases lourdes de sens et des châpitres courts, l'auteur nous guide et l'on ne peut alors s'empêcher de se poser ces questions : Vieillir est-ce un rêve, un cadeau ou plutôt malchance ou damnation ?

Un conte très bien écrit, qui me prouve que je suis encore et toujours amoureuse des mots de Grégoire Delacourt 

La femme qui ne vieillissait pas - Grégoire Delacourt - Parution Mars 2018 - Editions JC Lattès